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  • 11 months ago
Un virus à la Filature ?

Un virus à la Filature ?

Prêts pour la piqûre de rappel ?

Oui, c’est vrai, vous en avez marre, Covid par-ci, Covid par-là, tu t’es fait vacciner ? Non ? Quitte mon chemin, pestiféré. Le pass sanitaire ? Nan mais vous en avez pas marre de vous faire rouler dans la farine par le gouvernement ? C’est des solutions salines qu’ils s’injectent les politiques, c’est sûr, c’est ma grand-mère qui me l’a dit, elle le tient de sa voisine qui l’a elle même entendue à une réunion de comité des gens qui savent parce que c’est évident. Ahhrggg, mais t’as pas changé ton masque au bout de quatre heures, t’es vraiment anti-démocratique !
Bref, vous en avez marre des conflits de connards autour d’un virus qui nous épuise depuis deux ans maintenant ? Je vous comprends.
Aussi je ne vais pas parler Covid, mais SIDA, c’est plus vintage, ça se tasse, mais ça circule toujours, c’est underground, ça se refile par-dessous le manteau, tout le monde connaît mais finalement, qui s’informe réellement ?
Maxime Bouret (suite ci-dessous)

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Il y a deux semaines, le 1er décembre, c’était la journée internationale de lutte contre le SIDA et en allant manger au CROUS, on m’a distribué un questionnaire sur le sujet avec en carotte une récompense à qui répondait juste : l’objectif, culpabiliser l’étudiant lambda pour qu’il fasse l’effort d’aller s’informer un minimum sur la prep, sur la différence entre VIH et SIDA, et sur des tas d’autres informations tout à fait pertinentes sur le sujet. Ne sachant pas répondre aux trois quarts des questions, j’ai pris les choses en mains et je suis allé au théâtre.

Et franchement, quel plaisir de voir une pièce comme ça. Angels in America, pièce de l’écrivain Tony Kushner, nous rapporte les destins croisés de Joe, Harper, Roy, Prior et Louis qui tentent de vivre dans une Amérique Reaganienne où règne un libéralisme absolu et où le SIDA, Syndrome tout neuf et méconnu, fait des ravages, notamment chez les homosexuels. La mise en scène de Philippe Saire, présentée à la Filature jusqu’au vendredi 17 décembre nous emporte dans un décor mobile où seuls quelques éléments, un bureau, un lit d’hôpital, un canapé, viennent figurer les espaces où évoluent les personnages. Et si les scènes commencent en se succédant les unes aux autres, les espaces sont peu à peu brouillés et s’emmêlent les dialogues, les corps et les relations. Chacun se rencontre, en rêve, en vrai, au lit ou au travail et se percute, au rythme des chorégraphies du metteur en scène qui, avec ou sans musique, sont omniprésentes et viennent apporter une bizarre étrangeté toute bienvenue. Le spectacle est à la fois glaçant et drôle, n’oubliant pas de désamorcer la dureté du propos par des saillies savoureuses.

On notera les performances tout à fait remarquables de Joelle Fontannaz et de Roland Gervet, qui campent respectivement une femme mormon shootée au valium et qui discute avec ses hallucinations et un avocat Reaganiste opportuniste et sans pitié avec un talent tel qu’on le déteste aussitôt qu’il a ouvert la bouche.

Au delà du Sida, ce qui transpire de la pièce, c’est une critique du libéralisme Reaganiste, qui fait monter les puissants et écrase les pauvres, qui permet à certains d’acheter la totalité des médicaments qui devraient être attribués à tous, de rappeler par touches le racisme de la société américaine et comme le dis si bien l’un des personnages « le SIDA nous montre les limites de cette société ultra-libérale ».

En y réfléchissant, j’ai l’impression d’entendre la même chose qu’il y a quelques mois quand on disait à quel point la crise du COVID montrait les limites de ce monde de surconsommation libéral dans lequel nous vivons. À force de montrer les limites d’un système, contre lequel on se heurte sans cesse à chaque fois qu’une pandémie mondiale nous tombe sur le râble, peut-être qu’il serait de bon ton d’en changer ? En 2022 en France ont lieu les prochaines présidentielles. Alors que nous ne sommes toujours pas sortis de cette crise sanitaire, se poser des questions sur le vote qui nous attend serait bienvenu, plutôt que de se précipiter dans les urnes pour aller voter pour le premier venu sous prétexte qu’il faut se protéger des extrêmes.

Bref, le spectacle Angels in America de Philippe Saire est un petit bijou. Et il joue encore demain, 17 décembre à 20h à la Filature. Pour les étudiants de l’UHA, la Filature fait partie du dispositif Pass culture et pratique des tarifs très avantageux. Joyeuses fêtes à tous et à l’année prochaine.